16/6/26

Compte courant d'associé : prescription et remboursement – êtes-vous encore dans les délais pour agir ?

10 min
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Vous avez mis des dizaines, parfois des centaines de milliers d'euros dans votre société. Des versements directs, des dividendes laissés en compte, des rémunérations que vous avez renoncé à percevoir pour ne pas fragiliser la trésorerie. Pendant des années, vous avez fait confiance. Et aujourd'hui, vous souhaitez récupérer cet argent.

Mais la société refuse. Ou temporise. Ou prétend que c'est trop tard.

Et peut-être qu'on vous a dit — ou que vous vous dites — que votre créance est prescrite. Que vous avez trop attendu. Que rien ne peut plus être fait.

Cette affirmation est souvent fausse. Mais elle peut aussi être vraie.

En pratique, ce type de situation constitue l'un des contentieux les plus fréquents entre associés et dirigeants. Et c'est presque toujours sur la question du point de départ de la prescription que tout se joue.

Autrement dit : deux situations visuellement identiques peuvent produire des effets radicalement opposés. Dans un cas, la créance est encore récupérable. Dans l'autre, elle est définitivement perdue.

La Cour de cassation l'a pourtant affirmé clairement et à plusieurs reprises : le point de départ de la prescription d'un compte courant d'associé n'est pas celui que l'on croit.

Une mauvaise lecture de cette règle peut vous faire perdre une créance réelle et incontestable. Ou vous faire rembourser une dette que vous pensiez éteinte depuis longtemps.

Cet article vous expose ce que dit réellement le droit en 2025, les pièges concrets à déjouer et les leviers dont vous disposez pour agir — ou pour vous défendre.

Qu'est-ce qu'un compte courant d'associé ? La base que tout le monde croit connaître

Le compte courant d'associé n'a pas de définition légale. Il désigne les sommes qu'un associé met à la disposition de sa société : apports en trésorerie, dividendes laissés à disposition ou rémunérations non perçues.

Sur le plan juridique, la Cour de cassation est constante depuis plus d'un siècle : il s'agit d'un prêt, et non d'un apport.

Cette qualification est déterminante.

Elle signifie que vous n'êtes pas seulement associé. Vous êtes créancier de la société. Et en tant que créancier, vous disposez de droits pleinement opposables.

Une créance, par principe, se rembourse.

Le principe que votre gérant ne vous a probablement pas dit

En l'absence de clause particulière, le compte courant d'associé est remboursable à tout moment, sur simple demande.

Pas lorsque la trésorerie le permettra. Pas à la convenance du gérant. Immédiatement.

La société ne peut pas refuser en invoquant des difficultés financières, une conjoncture défavorable ou un mauvais timing.

C'est précisément dans ces situations — compte courant d'associé non remboursé ou refus de la société — que naissent l'essentiel des litiges.

Le juge lui-même ne peut pas limiter ce droit. Il ne peut qu'accorder, au maximum, un délai de paiement.

La vraie question n'est donc pas de savoir si vous avez droit au remboursement.

La vraie question est : pouvez-vous encore agir ?

Quand la société peut valablement refuser : vérifiez vos statuts

Le refus de remboursement n'est valable que s'il repose sur une clause expressément stipulée : clause de blocage pour une durée déterminée, clause liée à la trésorerie, clause liée aux fonds propres.

Ces clauses sont admises, mais toujours interprétées strictement.

Avant d'accepter un refus, il faut donc analyser vos statuts.

Et souvent, une clause apparemment valable ne l'est pas entièrement.

La prescription du compte courant d'associé : 5 ans… mais à partir de quand ?

Le délai est simple : 5 ans.

Mais le point de départ est tout sauf intuitif.

Beaucoup pensent qu'il commence à la date du versement, au dernier mouvement sur le compte, ou à la distribution de dividendes.

C'est faux.

Le délai ne commence à courir qu'au moment où vous demandez le remboursement.

Pas avant. Jamais avant.

En pratique, la difficulté ne tient donc pas au délai lui-même, mais à son déclenchement — et c'est sur ce point que les erreurs sont les plus fréquentes et les plus coûteuses.

Conséquence directe : vous pouvez réclamer une créance vieille de 15 ou 20 ans. Mais vous pouvez aussi perdre une créance en 5 ans après une demande mal gérée.

Ce paradoxe est au cœur de presque tous les dossiers de compte courant d'associé non remboursé.

Les faux points de départ : les pièges qui trompent même les professionnels

Ne font pas courir la prescription : le dernier mouvement du compte, la décision de distribuer des dividendes, la mise en paiement des dividendes, la cession des parts sociales.

Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête.

Vous avez cédé vos parts : votre compte courant n'est pas perdu

La cession de parts n'emporte pas cession du compte courant d'associé.

Vous restez créancier.

La Cour de cassation l'a affirmé à plusieurs reprises, notamment dans un arrêt du 27 mai 2021 (Cass. com., n° 19-18.983) : à défaut de stipulation contraire, la cession des titres par un associé n'emporte ni cession de son compte courant, ni clôture de ce dernier. La prescription ne court pas automatiquement. Et l'acheteur n'est pas débiteur à votre place.

Dans la pratique, ce type de situation donne lieu à de nombreux contentieux après cession, lorsque le sort du compte courant n'a pas été expressément réglé dans l'acte.

Beaucoup de créances que leurs titulaires pensaient perdues sont en réalité récupérables.

Comment prouver votre compte courant ?

La preuve repose sur la comptabilité (compte 455), les bilans et les relevés bancaires.

Mais en pratique, des divergences apparaissent fréquemment entre ce que retrace la comptabilité et ce que révèlent les flux bancaires réels.

C'est souvent à ce stade que naît un blocage : la société s'appuie sur ses écritures, tandis que l'associé invoque les virements effectifs.

Dans ce cas, trois leviers sont disponibles : le droit à communication des documents sociaux, la comparaison avec les flux bancaires, et le recours à une expertise judiciaire.

L'expertise judiciaire : un levier souvent décisif

Depuis un arrêt de référence de la Cour de cassation du 21 avril 2022 (n° 20-11.850), la convention de compte courant d'associé est expressément qualifiée de convention réglementée — ce qui en fait une opération de gestion pouvant faire l'objet d'une expertise judiciaire.

Un expert peut reconstituer les flux, vérifier les écritures comptables et déterminer le solde réel.

Cette démarche est aujourd'hui facilitée par la jurisprudence. Elle peut transformer complètement un dossier — et faire apparaître des sommes que la comptabilité avait effacées.

Votre compte courant est-il prescrit ? Les bonnes questions

Pour situer votre situation, posez-vous ces cinq questions dans l'ordre.

Avez-vous déjà demandé le remboursement ? Si non, la prescription n'a pas commencé à courir.

Quand avez-vous formulé cette demande ? Comptez cinq ans à partir de cette date.

Avez-vous engagé une procédure judiciaire depuis ? Si oui, la prescription a été interrompue.

Existe-t-il une clause de blocage dans vos statuts ? Si oui, sa validité doit être vérifiée.

Avez-vous cédé vos parts sans régler le sort de votre compte courant ? Si oui, vous êtes probablement encore créancier.

Si vous hésitez sur l'une de ces réponses, la situation mérite une analyse immédiate — car une erreur peut avoir des conséquences irréversibles.

Votre société refuse de payer : que faire concrètement ?

L'ordre des étapes est stratégique. Une erreur à ce stade peut affaiblir fortement votre position.

Première étape — La mise en demeure. Lettre recommandée avec accusé de réception, demandant expressément le remboursement dans un délai de 15 jours. Elle fixe le point de départ de la prescription et constitue la preuve de votre demande.

Deuxième étape — La demande de documents. Bilans, grand livre du compte 455, relevés bancaires, procès-verbaux. Si vous ne pouvez pas vous déplacer au siège, le gérant est tenu de vous envoyer les documents.

Troisième étape — L'action judiciaire adaptée à votre situation : référé si la créance est claire et non contestable, expertise si le montant est disputé, article 145 du Code de procédure civile si vous avez besoin de sécuriser vos preuves avant tout procès.

Cas particuliers à connaître

Compte courant d'associé en SCI. Même régime de prescription. Droit d'information des associés particulièrement étendu — ce qui en fait un outil de preuve précieux.

Compte courant débiteur. La prescription est symétrique : cinq ans à compter de la demande de la société. La cession de vos parts ne rend pas votre dette immédiatement exigible.

Procédure collective. Si la société est en sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire, la déclaration de créance est obligatoire dans un délai de deux mois à compter de la publication du jugement au BODACC. À défaut, la créance est inopposable — définitivement.

Conclusion : ce que vous risquez réellement

Dans la majorité des dossiers, l'enjeu ne porte pas sur l'existence de la créance, mais sur sa capacité à être encore exercée efficacement.

C'est précisément l'analyse du point de départ de la prescription, des échanges entre les parties et des clauses statutaires qui permet de déterminer si une action reste possible — ou si elle est déjà compromise.

Cette analyse ne peut pas être standardisée : elle dépend toujours du dossier.

C'est ce travail qu'il faut engager maintenant — pas après.

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